Les vrais pèlerins de Pâques d’Israël
Written by Eric Walberg Эрик Вальберг إيريك ولبر    Tuesday, 28 August 2012 09:07    PDF Print E-mail

L’arrivée de la troisième Flytilla annuelle a semé la pagaille dans l’aéroport de Ben Gourion dimanche dernier. Mêlés à des touristes aux yeux étoilés venus visiter la Terre Sainte et à des Israéliens aux yeux durs venus chasser toujours plus de Palestiniens de leur terre au nom de l’Etat Juif, des milliers d’occidentaux qui ont encore une conscience ont présenté leurs billets à des officiels soupçonneux en Europe et —pour ceux qui ont eu de la chance— leur passeport à Tel Aviv en retenant leur souffle.

Leur intention était tout à fait innocente —rendre visite aux Palestiniens assiégés de Cisjordanie ; certains pour aider à la construction d’une école. Mais le fait que 2000 bienfaiteurs se soient réunis dans cette Flytilla annuelle dans ce but, a eu l’effet d’un chiffon rouge sur le taureau israélien. Le monde pourrait se rendre compte de ce qui se passe, les Palestiniens pourraient reprendre espoir et il pourrait enfin être mis fin aux crimes israéliens.

Mais le refus israélien de laisser ces innocents visiteurs aller en Cisjordanie, prouve une fois de plus que la Cisjordanie est une prison israélienne à ciel ouvert dont l’accès est soumis au bon vouloir des gardiens de prison.

Les gardiens de prison se sont montrés à la hauteur. Les aéroports du monde entier ont reçu les noms de 730 personnes qu’il ne fallait pas laisser embarquer et les compagnies aériennes ont été averties que si elles n’expulsaient pas elles-mêmes ces personnes et autres passagers suspects de leurs avions le coût de leur déportation leur serait facturé. Et 650 policiers en civil ont investi Ben Gourion avec des armes et des gaz lacrymogènes au cas où.

Ce déploiement de force technologique contre des manifestants sans défenses a eu l’effet escompté dan la plupart des cas. Selon des membres de "Bienvenue en Palestine" au moins 200 personnes sur les 2000 militants venus de 15 pays ont été arrêtés dimanche avant d’embarquer pour Tel Aviv : un tiers d’entre elles en France et le reste à Bruxelles, Bâle, Genève et Zurich. Parmi les compagnies aériennes complices de l’apartheid il y avait Jet2.com, Brussels Airlines, Lufthansa, Alitalia, Swiss Air et Turkish Airlines.

A Ben Gourion un citoyen suédois a été forcé de signer un document rédigé à la hâte dans lequel il s’engageait à n’avoir aucun contact avec des groupes pro-palestiniens pendant son passage en Israël. Peu après, une nouvelle procédure illégale a été instituée à l’aéroport pour exiger que certains passagers signent un document les engageant à n’avoir aucun contact et à ne pas travailler avec les "membres d’aucune organisation pro-palestinienne" et à "ne pas participer à des activités pro-palestiniennes". Le bureau du premier ministre a remis une lettre aux militants déportés de la Flytilla leur disant "d’aller en Syrie".

Le porte-parole de la Campagne Bienvenue en Palestine a déclaré : "Ceux qui sont venus accueillir les membres de notre groupe et qui se sont fait attaquer brutalement par la police se souviendront que cette même police a laissé les fanatiques d’extrême-droite chanter et semer la pagaille dans l’aéroport. Le monde entier voit bien qu’Israël est un état policier qui a toutes les caractéristiques d’un état paria d’apartheid au regard de la Convention Internationale sur la suppression et la punition du crime d’apartheid (1973)" et il a ajouté que "les compagnies aériennes et les gouvernements qui ont agi en sous-traitants du régime d’apartheid d’Israël se retrouvent sous le feu des critiques de leur propres peuples".

L’année dernière environ 800 personnes ont essayé de partir avec la Flytilla, 400 ont été arrêtées par les compagnies aériennes. 120 autres ont été déportées par Israël. Le terme "flytilla" fait écho aux "flottilles de la liberté" qui avaient essayé d’emmener par mer des militants à Gaza sous blocus israélien.

Une jeune française de 23 ans qui a réussi à arriver en Israël pour participer à la manifestation a dit qu’environ la moitié de son groupe de 50 personnes avait été interdit d’embarquement. "Les forces de sécurité en France et en Israël nous ont traités comme des criminels" a-t-elle témoigné. "Cela m’a beaucoup surprise et contrariée que les autorités coopèrent avec Israël et sa propagande". La liste noire grossit à toute vitesse. Les 270 personnes qui ont réussi à attendre Tel Aviv pour l’opération de l’année dernière avaient la place d’honneur sur la liste de cette année et sont interdites de séjour en Israël pendant 10 ans. Tous ceux de cette année seront ajoutés à la liste.

L’apartheid israélien n’est pas parfait. Quelques voix se sont élevées dans la Knesset pour dénoncer l’attaque contre les militants. La leader de Meretz, Zehava Gal-On, a dit qu’établir une liste noire des militants ne faisait qu’aggraver la délégitimation d’Israël. La députée Haneen Zoabi a dit que tout cela démontrait qu’Israël ne violait pas seulement les droits des Palestiniens mais ceux des gens du monde entier. Un officiel israélien a reconnu que 40% des personnes inscrites sur la liste noire des services de sécurité du Shin Bet n’étaient pas du tout des militants.

Dans la liste noire se trouvaient aussi un diplomate français et sa femme venus chercher un appartement à Jérusalem ; un officiel du gouvernement italien qui devait rencontrer son homologue israélien ; et un membre de conseil d’administration du géant pharmaceutique allemand Merck venu subventionner l’Institut scientifique Weizmann à hauteur de 10 millions d’euros. La confusion a été si grande que même des citoyens israéliens ont été portés sur la liste noire. "Nous avons inscrit sur la liste des gens qui n’avaient pas plus à voir avec des activités politiques anti-israéliennes que l’est avec l’ouest" a regretté un officiel du ministère des affaires étrangères israélien. "Nous avons insulté des centaines de citoyens étrangers pour de vagues soupçons et nous avons offert la victoire à l’autre camp sur un plateau d’argent".

Le flot quotidien des touristes-pèlerins juifs et chrétiens continue de couler. Ils viennent en Terre Sainte, comme à Disneyland, pleurer au Mur des Lamentation ou visiter la fausse mangeoire de Bethléem ou le joli Jardin de Gethsémani. Seules l’église copte égyptienne et l’église orthodoxe orientale refusent d’ouvrir leurs sanctuaires aux touristes-pélerins et de se plier à cette mascarade qui apporte un soutien tacite à la destruction par Israël de l’héritage chrétien et musulman.

Les membres de la Flytilla, qui sont aujourd’hui les vrais pèlerins, font leur chemin de croix, en portant leur croix, non pas dans le but d’envoyer chez eux des cartes postales "j’y étais" de la tombe de Jésus, mais pour manifester une vraie compassion chrétienne aux Palestiniens qui souffrent, tendre la main aux chrétiens palestiniens qui s’accrochent désespérément aux derniers restes de leur terre ancestrale et pour que le monde soit obligé de voir qu’Israël crucifie sans répit des Palestiniens sans défenses. Pour ces Palestiniens, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, chaque jour est un Vendredi Saint.

http://www.legrandsoir.info/les-vrais-pelerins-de-paques-d-israel-palestine-chronicle.html


 

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Eric Walberg


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Canadian Eric Walberg is known worldwide as a journalist specializing in the Middle East, Central Asia and Russia. A graduate of University of Toronto and Cambridge in economics, he has been writing on East-West relations since the 1980s.

He has lived in both the Soviet Union and Russia, and then Uzbekistan, as a UN adviser, writer, translator and lecturer. Presently a writer for the foremost Cairo newspaper, Al Ahram, he is also a regular contributor to Counterpunch, Dissident Voice, Global Research, Al-Jazeerah and Turkish Weekly, and is a commentator on Voice of the Cape radio.